Comment choisir sa maternité
Choisir le lieu où se déroulera la naissance est une étape structurante du parcours périnatal. En France, ce choix s’inscrit dans un cadre réglementé, médical et organisationnel précis, qui détermine les modalités de suivi de la grossesse, les conditions de l’accouchement et l’accompagnement du post-partum. Il concerne aussi bien les femmes enceintes que celles engagées dans un parcours périnatal plus large, incluant la préparation émotionnelle à la naissance et l’anticipation des premiers mois avec un enfant. Le lieu de naissance n’est pas uniquement un espace physique. Il correspond à une organisation de soins, à une répartition des rôles entre professionnels, à des protocoles définis et à des contraintes logistiques. Comprendre ces éléments permet d’identifier les différences entre hôpital public, clinique privée, maison de naissance et accouchement à domicile, sans hiérarchisation ni jugement, mais à partir de données vérifiées et de réalités observables.
En France, environ 677 000 enfants naissent chaque année (DREES, Les naissances en 2023). La très grande majorité de ces naissances a lieu dans des maternités hospitalières, mais d’autres modalités existent, bien que marginales en volume. Chaque option repose sur un cadre légal spécifique, des critères d’éligibilité et des modalités de prise en charge distinctes.
Quand choisir sa maternité ou son lieu de naissance
Le calendrier du choix du lieu de naissance est principalement déterminé par l’organisation des structures et leur capacité d’accueil. Dans de nombreuses zones urbaines, la demande dépasse l’offre disponible, ce qui conduit certaines maternités, cliniques et maisons de naissance à clôturer les inscriptions très tôt.
Selon les données de la DREES, le nombre de maternités en France a été divisé par deux en quarante ans, passant de plus de 1 300 établissements dans les années 1970 à environ 450 maternités aujourd’hui (DREES, La naissance : les maternités). Cette concentration entraîne une augmentation du nombre de naissances par établissement et une saturation de certaines structures, notamment dans les grandes agglomérations.
Dans ce contexte, il est fréquent que l’inscription dans une maternité soit demandée avant la fin du premier trimestre, voire dès la déclaration de grossesse. Cette réalité concerne aussi bien les hôpitaux publics que les cliniques privées et les maisons de naissance. Le moment du choix est donc en grande partie conditionné par des facteurs organisationnels plutôt que par des considérations médicales.
Les différents niveaux de maternité en France
Le système français distingue trois niveaux de maternité, définis par le Code de la santé publique et les recommandations des autorités sanitaires. Cette classification repose sur les capacités de prise en charge de la mère et du nouveau-né.
Les maternités de niveau 1
Les maternités de niveau 1 assurent le suivi et l’accouchement des grossesses sans complication identifiée. Elles ne disposent pas de service de néonatalogie. En cas de difficulté néonatale ou de naissance prématurée, un transfert du nouveau-né vers une structure de niveau supérieur est organisé. Ces maternités représentent une part décroissante du paysage périnatal français. Leur nombre a fortement diminué au cours des dernières décennies, en lien avec les politiques de regroupement des structures (DREES). Elles accueillent aujourd’hui une proportion minoritaire des naissances.
Les maternités de niveau 2
Les maternités de niveau 2 disposent d’un service de néonatalogie. Elles prennent en charge les grossesses présentant certains facteurs de risque modérés ou identifiés en cours de grossesse. Elles assurent également le suivi des grossesses initialement considérées comme physiologiques, mais nécessitant une surveillance accrue.
On distingue parfois les niveaux 2A et 2B, selon la capacité de prise en charge des prématurités plus ou moins précoces. Les maternités de niveau 2 concentrent une part importante des naissances en France.
Les maternités de niveau 3
Les maternités de niveau 3 sont équipées d’un service de réanimation néonatale. Elles accueillent les grossesses à haut risque et les situations nécessitant une prise en charge spécialisée, notamment en cas de prématurité sévère ou de pathologies maternelles complexes.
Selon la DREES, plus de 80 % des naissances ont aujourd’hui lieu dans des maternités de niveau 2 ou 3, en raison de la centralisation des soins périnataux (DREES, Panorama des maternités).
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Hôpital public et clinique privée : organisation et suivi
Le choix entre hôpital public et clinique privée influence principalement l’organisation du suivi de grossesse et la continuité des professionnels impliqués.
Le suivi en hôpital public
L’hôpital public fonctionne selon une logique de service public. Il est soumis à des obligations de continuité des soins, d’accueil de toutes les patientes, y compris en situation de vulnérabilité sociale ou médicale, et de prise en charge des urgences sans sélection préalable.
Le suivi de grossesse en hôpital public est généralement assuré par une équipe pluriprofessionnelle, composée de sages-femmes, de gynécologues-obstétriciens, d’anesthésistes et d’auxiliaires de puériculture. Les consultations prénatales peuvent être réalisées par différents professionnels au fil des rendez-vous. Cette organisation implique que la continuité relationnelle n’est pas garantie. La personne rencontrée lors des consultations de suivi n’est pas nécessairement celle qui accompagnera l’accouchement. Le jour de la naissance, la prise en charge dépend de l’équipe de garde, selon un planning défini à l’échelle du service.
Les hôpitaux publics assurent la majorité des naissances complexes et à risque, en particulier dans les maternités de niveau 2 et 3. Ils disposent généralement d’un accès direct aux plateaux techniques lourds (bloc opératoire, réanimation néonatale, imagerie, laboratoire), ce qui structure fortement leurs protocoles.
Il est fréquent que le suivi soit partiellement externalisé. De nombreuses femmes sont suivies pendant une partie de leur grossesse par une sage-femme libérale, puis orientées vers un suivi hospitalier à partir du huitième ou du neuvième mois, conformément aux recommandations de la Haute Autorité de Santé.
Le suivi en clinique privée
Les cliniques privées relèvent d’un statut différent. Elles accueillent des patientes dans le cadre d’un exercice libéral, ce qui modifie la nature du lien entre la femme enceinte et les professionnels.
Dans de nombreuses cliniques, le suivi de grossesse est assuré par un gynécologue-obstétricien libéral choisi par la patiente, qui peut, selon l’organisation de l’établissement et sa disponibilité, être présent lors de l’accouchement. Cette possibilité de continuité médicale constitue une différence organisationnelle majeure. Certaines cliniques travaillent également avec des sages-femmes libérales, qui peuvent assurer le suivi prénatal, l’accouchement ou le post-partum immédiat. Toutefois, cette organisation varie fortement d’un établissement à l’autre et n’est pas uniforme sur le territoire.
Les cliniques privées ne sont pas toutes équipées du même niveau de prise en charge. Certaines sont des maternités de niveau 1, d’autres de niveau 2. Les cliniques de niveau 3 sont rares, car la prise en charge des grossesses à haut risque repose principalement sur le secteur public.
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Les maisons de naissance : cadre légal et fonctionnement
Les maisons de naissance sont des structures autorisées en France depuis 2015 dans le cadre d’une expérimentation, aujourd’hui pérennisée. Elles sont réservées aux grossesses physiologiques sans facteur de risque et sont gérées exclusivement par des sages-femmes.
Ces structures fonctionnent obligatoirement en partenariat avec une maternité de proximité, appelée maternité de repli. En cas de complication, un transfert vers cette maternité est organisé selon un protocole défini.
En France, on compte moins de dix maisons de naissance en activité, pour environ 800 accouchements par an, soit une part très marginale des naissances (Ifop). Cette rareté explique les délais d’inscription et la sélection des dossiers selon des critères stricts.
Le suivi en maison de naissance est global et continu, de la grossesse au post-partum immédiat. L’accouchement s’y déroule sans plateau technique médical, dans un cadre non hospitalier.
L’accouchement à domicile en France : cadre et contraintes
L’accouchement à domicile est légal en France. Il est pratiqué par des sages-femmes formées et expérimentées, dans le cadre d’une grossesse considérée comme physiologique. Il concerne environ 0,2 % des naissances, soit entre 1 000 et 2 000 accouchements par an (Association Professionnelle de l’Accouchement Accompagné à Domicile – APAAD).
Le faible nombre d’accouchements à domicile s’explique par plusieurs facteurs structurels :
un nombre limité de sages-femmes pratiquant l’AAD,
des contraintes assurantielles importantes,
une reconnaissance institutionnelle limitée,
des difficultés de collaboration avec certaines maternités.
Selon l’APAAD, environ 20 % des accouchements à domicile donnent lieu à un transfert vers une maternité, le plus souvent pour des raisons de sécurité ou de confort (APAAD). Ces transferts peuvent avoir lieu avant, pendant ou après la naissance. Certaines femmes peuvent rencontrer des difficultés lors de ces transferts, notamment :
l’absence de convention écrite avec un établissement hospitalier,
des délais d’accueil variables,
une rupture de continuité du suivi,
des tensions relationnelles liées à la méconnaissance de l’accouchement à domicile par certaines équipes.
Ces éléments font partie des réalités observables du cadre actuel de l’accouchement à domicile en France.
Le projet de naissance et son cadre réglementaire
Le projet de naissance est reconnu par la Haute Autorité de Santé comme un outil de dialogue entre les femmes et les professionnels. Il doit être pris en compte par les équipes, dans le respect des impératifs de sécurité. Toutes les structures sont tenues d’en prendre connaissance. Toutefois, les modalités d’application varient selon :
l’organisation interne,
la charge de travail,
les protocoles en vigueur,
le contexte de l’accouchement.
Certaines maternités disposent de salles dites “nature” ou physiologiques, permettant une prise en charge spécifique de certains accouchements. Ces salles existent principalement dans des maternités de niveau 1 et 2, mais leur disponibilité dépend de l’établissement.
Distance domicile – lieu de naissance
La distance entre le domicile et le lieu de naissance constitue un paramètre logistique important. Les recommandations rappellent que le temps de trajet peut avoir un impact sur l’organisation des soins, notamment en cas de travail rapide ou de complication imprévue.
Ce critère est particulièrement pris en compte pour :
les maternités de niveau 1,
les maisons de naissance,
l’accouchement à domicile.
Il s’agit d’un élément évalué dans le cadre des protocoles de sécurité, sans que cela constitue un critère exclusif.

